Le programme

Développer une recherche interdisciplinaire avec et pour les industries culturelles et créatives françaises, entendues dans toute leur variété d’échelle

Contexte et objectifs

Les industries culturelles et créatives (ICC) sont l’une des filières les plus dynamiques de l’économie française, y compris en termes d’emplois, dont la capacité de projection sur les marchés extérieurs est importante. Dans un contexte de transformation des usages et des modes de consommation, ainsi que de l’apparition de nouveaux acteurs opérant à l’échelle mondiale, les ICC françaises doivent faire face à de nouveaux défis. La stratégie ICC qui s’articule avec France 2030 est donc destinée à imposer les ICC françaises comme les leaders mondiaux sur les briques technologiques qui seront au cœur des expériences culturelles et des processus de production de demain et à installer durablement la France sur des marchés à fort potentiel de croissance et sur l’échiquier mondial.

Dans le cadre du PIA 4, la stratégie d’accélération des industries culturelles et créatives, inédite par son ampleur, son périmètre et les outils qu’elle mobilise, et programmée pour la période 2021-2025, a pour objectif de répondre à six grands défis : l’accès au financement, l’accroissement de la concurrence, la transformation des modes de création, le bouleversement des modes de production et de diffusion, la diffusion de l’offre culturelle française à l’international, l’émergence d’entreprises culturelles et créatives sur tout le territoire. Elle s’articule autour de cinq axes : renforcer la solidité et la compétitivité des entrepreneurs de la filière, hisser la France au premier rang de la nouvelle économie numérique en matière culturelle, renforcer la place des ICC à l’international, inscrire les ICC dans les dynamiques de transformation territoriale, faire de la filière un secteur de référence en matière de responsabilité sociale et écologique.

Dans ce cadre, la lettre de mission datée du 29 mars 2022 et cosignée par la directrice générale de la recherche et de l'innovation Claire Giry et le secrétaire général pour l’investissement Bruno Bonnel confie au CNRS, en liaison étroite avec la communauté de recherche publique et privée, le pilotage scientifique du programme et équipement prioritaires de recherche (PEPR) ICCARE.

Doté d'un budget de 25 M€ et pour une durée de six années, ICCARE a donc pour objectif de:

  • Favoriser l’interdisciplinarité entre les communautés SHS et STIC
  • Créer les conditions d’une rencontre et d’un dialogue soutenu entre la recherche et les ICC
  • Mener une action constante entre la recherche et les ICC dans une démarche de co-construction, de co-réalisation et de co-valorisation (Science avec et pour les ICC)
  • Répondre aux besoins d’accélération des ICC

Des verrous à lever

Les recherches sont atomisées et manquent de lien entre elles

L’atomisation des recherches et le manque de lien entre celles-ci sont dus tout d’abord à l’objet même (qui se subdivise en une multitude de secteurs) ainsi qu'au manque de communication au sein des communautés de recherche entre les disciplines des sciences humaines et sociales (SHS) et celles des sciences de l'informatique (STIC). Très souvent, lorsque les conditions matérielles de création, de production et de promotion sont examinées, l’accent est mis sur un seul secteur, ce qui a pour conséquence de surestimer les spécificités du secteur étudiée au détriment des interactions entre secteurs et des enjeux fondamentaux de la production industrielle et de la valorisation des biens et services culturels. De plus, les approches privilégient la réalisation de monographies sur des acteurs ou des genres artistiques, généralement les plus légitimes sur le plan culturel. Les tendances liées au déploiement des plateformes, des dispositifs de traitement algorithmique des données, des interfaces de visualisation, d’interaction (par exemple, en réalité virtuelle ou d’intelligence artificielle) sont ainsi abordées soit dans des perspectives mono-secteurs, soit avec des approches techno-centrées. ICCARE devra donc constamment rechercher un équilibre entre un travail sur les secteurs et un travail trans-sectoriel, sans omettre la réflexion sur les notions de « cultures visuelles », de « cultures sonores », de « cultures audiovisuelles », de sensoriel (multi/pluri-sensoriel/intersensoriel) ou sur les formes hybrides qui se développent aujourd’hui (intermédialité, transmédialité) et qui renvoient au fait que différents médias font système, ou du moins entretiennent des solidarités ayant des effets sur la création.

La recherche en lien avec les ICC produit des données nombreuses mais dispersées et rarement interopérables

La gestion maîtrisée des données de la recherche sur l’ensemble de leur cycle de vie est un enjeu de taille pour la production de nouvelles connaissances scientifiques dans une perspective d’innovation industrielle et de valorisation. Le tournant numérique des sciences humaines et sociales, l’explosion des usages du numérique ainsi que le développement des sciences fondées sur des corpus ont créé un foisonnement de données. La dynamique de la science ouverte, qui a pour objectif de fonder des recherches sur des données autant ouvertes que possibles mais aussi fermées que nécessaire, apporte un cadre supplémentaire pour gérer ces données et met en avant prioritairement la nécessité de disposer de données interopérables. De fait, l’hétérogénéité des sources et corpus, la diversité des formats, des standards et des outils rendent difficile la mise en commun des données. Or l’apparition du web de données et des technologies du web sémantique, ainsi que la nécessité de disposer de données massives pour l’intelligence artificielle, ont accru le besoin de données, et en priorité de métadonnées, interopérables. C’est pourquoi les communautés scientifiques ont besoin d’être accompagnées à la fois sur les plans documentaire, technique et juridique afin que les principes FAIR (findable, accessible, interoperable, reusable) puissent pleinement opérer.

Les recherches en lien avec les ICC souffrent d'une absence de visibilité et de structuration

Les ICC sont un objet de recherche mal identifié en tant que tel : bien que certaines communautés (informatique graphique, sciences des données) soient déjà structurées en GDR ou réseaux thématiques au sein du CNRS, il n’existe pas structuration académique de cette thématique. C’est la raison pour laquelle ICCARE constituera dès le début du programme un grand réseau à l’échelle nationale (ICCARE-Lab) destiné à se faire rencontrer les communautés scientifiques et, au-delà, à les mettre en lien avec les communautés professionnelles. De même, les appels à projets génériques de l’ANR financent de nombreux projets relatifs aux arts et aux industries culturelles (davantage que créatives), sans que l’expression « industries culturelles et créatives » n’en constitue pour l'instant un mot-clef. La dimension patrimoniale y est prééminente. Les projets retenus portent en règle générale sur des lieux, des corpus, des collections, des données et des expériences précis. Ils concernent souvent un nombre limité d’unités de recherche en lien avec une, voire quelques institutions culturelles, et contiennent une forte dimension de valorisation. Ils proposent des livrables fortement corrélés aux sujets étudiés : archivage, numérisation ou édition collaborative, outil de gestion.

Les communautés de recherche s'articulent peu avec les projets européens

Le champ d’action d'ICCARE recoupe pour partie celui du cluster 2 « Culture, créativité et société inclusive » du programme européen pour la recherche et l’innovation Horizon Europe. Le patrimoine culturel et les industries culturelles et créatives — les deux étant liés — y sont considérés comme une « source inestimable de richesse pour l’Europe », et les ICC décrites comme « un secteur économique très dynamique, source d’innovations de croissance et de création d’emplois dans de nombreux secteurs industriels tels que le tourisme, le commerce de détail, les médias, les technologies numériques et l'ingénierie ». L’objectif de ces appels est de traduire la créativité à l’œuvre dans les ICC et les écosystèmes culturels en innovations durables, d’en faire les moteurs du « sentiment d’appartenance européen » comme de la coopération interculturelle, et de les soutenir dans une compétitivité internationale mise à mal par la crise du COVID-19. La notion d’impact y est centrale, qu’il s’agisse de la production de connaissances nouvelles pour comprendre les phénomènes étudiés, de recommandations politiques, de propositions de solutions concrètes, technologiques ou non technologiques, pour stimuler la compétitivité européenne. Par conséquent, un effort spécifique devra être porté sur l’articulation avec le niveau européen afin qu’à l’issue d'ICCARE les communautés françaises soient pleinement en capacité de répondre à de tels appels.

Les ICC investissent peu dans la recherche

De manière générale, les ICC investissent peu dans la recherche, hormis sur des questions technologiques ciblées ou relatives à la question des usages et des analyses économiques, via des études de stratégie marketing, des analyses instantanées d’usages ou de marchés. Or, si les ICC ont besoin de chiffres, elles ont aussi besoin de savoir ce qu’ils signifient pour leur analyse. Les résultats quantitatifs exigent une compréhension globale et qualitative du secteur en tant que vaste ensemble d’activités liées à la production, la distribution et la consommation de la culture. Leur stratégie d’accélération ne doit pas seulement porter sur la manière de développer le secteur, mais doit donner une idée de ce que cette croissance peut signifier. C’est là un domaine où la recherche a pleinement un rôle à jouer.

Les logiques et les cultures de la recherche et des ICC sont différentes, voire opposées

La demande de la lettre de mission est d’accompagner, par la recherche, une accélération qui doit chercher à préserver des intérêts professionnels, culturels (l’exception française, la démocratie par la culture) économiques, politiques, voire idéologiques, dans un cadre qui se projette à l’international (les ICC à l’heure de la mondialisation et des GAFAM). Cette demande constitue en elle-même, tout du moins dans les communautés SHS, un changement de paradigme à plusieurs titres. La recherche en SHS, qui nécessite un temps long, ainsi que les emplois du temps extrêmement chargés des chercheurs et enseignants-chercheurs, s’accommodent souvent mal aux besoins à relativement court terme de l’industrie. De plus, les ICC ont besoin d’études prospectives (a minima à l’horizon 2030) capables de tenir compte de leurs évolutions internes et externes, tout en les inscrivant dans le temps et dans l’espace. Ce besoin d’anticipation par rapport à l’avenir est un impératif pour ce domaine de recherche comme pour les autres en SHS.

Un subtil jeu d'échelles

Par ailleurs, au sein des ICC, les acteurs n’intègrent pas tous le même cadre, les mêmes positions ni les mêmes structures. Le terme d’industrie englobe aussi bien les acteurs et créateurs isolés que les collectifs ou les associations, les entreprises, petites ou grandes, les holdings, les établissements publics, etc. Il est donc indispensable que le travail au sein d’ICCARE articule cette variété de structures et de positions, ces échelles multiples d’action, de création et de production, et prenne en compte l’existence de divers niveaux d’analyse, des aspects les plus macro (les vastes structures industrielles et financières au niveau des holdings avec les phénomènes de concentration et de financiarisation) aux aspects micro (par exemple les tâches dévolues aux créateurs individuels) en passant par les dimensions meso (les modes d’articulation et de rémunération des divers intervenants organisés par un acteur clé, un opérateur de plateforme de filière par exemple) et territoriales.

Inscription du programme au sein du CNRS

ICCARE est piloté par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Le programme est co-porté par deux instituts, l’Institut national des sciences humaines et sociales (INSHS) et l’Institut national des sciences de l’information et de leurs interactions (INS2I).

ICCARE s’insère dans le groupe des PEPR relevant de l’INSHS, aux côtés du PEPR d'accélération VDBI (Villes durables et bâtiments innovants) et du PEPR exploratoire IRIMA (Gestion des risques). Le programme doit contribuer à souligner la capacité des communautés des sciences humaines et sociales à embrasser des thématiques variées et d’intérêt sociétal majeur, ainsi qu’à renforcer les priorités scientifiques de l’institut, notamment « Sciences partagées de l’INSHS ». Désireux de faire des sciences partagées une priorité, l’INSHS réfléchit en effet aujourd’hui activement à des méthodologies qui permettent de produire des recherches où les acteurs sont parties prenantes des savoirs produits sur/à partir d’eux, mais également les recherches où les savoirs sur un objet tiers sont co-construits, co-produits et co-diffusés avec des acteurs de la société, considérés comme un « tiers-secteur de la recherche ». L’objectif est donc à la fois d’encourager les recherches qui souhaitent s’engager dans ce type de co-construction mais également d’ouvrir un espace de réflexion sur ces dispositifs, leurs attendus, leurs limites et les malentendus qu’ils pourraient susciter de part et d’autre ainsi que les enjeux en termes de protection des données et de science ouverte. Par son objet-même et par son ampleur, ICCARE jouera un rôle de premier plan pour abonder cette priorité. Plus avant encore, certains aspects d’ICCARE viendront éprouver les Societal Readiness Levels (SRL) qui forment une échelle d’évaluation du degré de maturité atteint par une idée et/ou une action dont la valeur créée n’est ni exclusivement ni prioritairement à appréhender en termes économiques et financiers, et qui a pour finalité première de répondre à une problématique ou à un enjeu de société.

ICCARE trouve en outre naturellement sa place parmi les PEPR dont l’INS2I assure le (co-)pilotage pour le CNRS : six PEPR d’accélération – Cybersécurité, Intelligence artificielle, Technologies quantiques, Solutions pour une ville durable et des bâtiments innovants, Enseignement et numérique, et 5G –, quatre PEPR exploratoires – MoleculArXiv (Stockage sur ADN), O2R (robotique, ensemble), Futur de la collaboration numérique et Numpex (briques logicielles pour les futures « machines exascales ». L’INS2I est également impliqué dans trois PEPR d’accélération pilotés par d’autres organismes : Cloud (Développement de technologies avancées de cloud), SanteNum (santé numérique et AgroEco (agroécologie et numérique). Chacun de ces PEPR est en lien direct avec un ensemble de thématiques scientifiques stratégiques pour l’INS2I et inclut dans la grande majorité des cas une dimension interdisciplinaire significative. Le PEPR ICCARE aura un rôle très important pour l’INS2I de structuration transverse d’une grande variété de disciplines scientifiques qui dans leurs problématiques de recherche et dans leurs applications ont une interface avec les ICC. Ce sera également une occasion de développer ou de renforcer des collaborations avec les communautés des SHS.

Structuration du programme

Un double écueil serait de considérer les industries culturelles et créatives comme des composantes indépendantes les unes des autres, ce qui produirait une vision morcelée ou éclatée, ou de les envisager comme un tout indifférencié, ce qui gommerait leurs spécificités. C'est la raison pour laquelle le travail mené au sein du programme articule de manière constante des recherches autour des grands secteurs des ICC ainsi que des recherches transversales autour de plusieurs grands défis intersectoriels et indépendants qui traversent la stratégie nationale d'accélération.

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